MAISONS AU VIETNAM

Description

Lieu: Vietnam

Entre Luxembourg et le Sud- Vietnam
observation du cheminement vers un habitat pilote

Au début de l’aventure est le besoin.
Le besoin d’habiter dignement.

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Habitat à Suoi Sau

L’habitat se décline dans une palette de formes et une palette d’opinons. Les typologies de logement, à pondérer avec les techniques de construction sont engendrées par le climat, par une causalité historique et par une intelligence traditionnelle de gérer ces paramètres. Nous voilà donc à poser le contexte.

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carte du Vietnam

Permettez-moi de vous parler du Vietnam, plus précisément du Sud- Vietnam, de la province de Binh Thuan, du district de Tanh Linh, de la commune de Suoi Kiet, du hameau de Suoi Sau.

Pour apposer le sud du Vietnam sur votre mappemonde personnelle, au cas où il n’y serait pas encore, relisez ‘L’amant’ (on relit Marguerite Duras, non ?) et laissez vous guider doucement par ‘La princesse et le pêcheur’ de Minh Tran Huy.

Le hameau de Suoi Sau est à 150 km de Hô-Chi-Minh-Ville (anciennement Saïgon, capitale de la République du Vietnam jusqu’en 1975), et pourtant le petit hameau est à des années-lumière du poumon économique qu’est aujourd’hui la plus grande ville de la République socialiste du Vietnam. Pour arriver à Suoi Sau, le meilleur moyen de circulation est à pied ou à vélo, éventuellement en moto. Les routes ne sont pas des routes, mais des pistes accidentées, marécageuses et glissantes. Il n’y a pas d’électricité sur ces chemins.1

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Hô-Chi-Minh-Ville, Vietnam – © Diane Heirend

En 1986, après les années dévastatrices de la guerre de décolonisation et de la guerre civile (guerre du Vietnam), le Parti communiste vietnamien a autorisé, et même encouragé l’économie de marché, avec la réforme économique ‘Doi Moi’. Cette politique d’ouverture a permis une croissance spectaculaire au Vietnam. Aujourd’hui tout le monde ne peut pas encore en profiter, mais l’objectif quotidien de ce pays est l’éradication de la pauvreté.

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Habitat à la décharge – © Diane HeirendHabitat sur le fleuve – © Diane Heirend

Il y a une tradition dans la volonté de vivre avec soin. Elle est évidemment tributaire des moyens dont dispose la population pour créer son habitat.

L’architecture du Vietnam est le mélange harmonieux des architectures chinoises, françaises, indiennes et khmers en raison de l’influence des dominations étrangères dans l’histoire du pays.
Il existe deux types de maisons traditionnelles, la maison des Viets dans les deltas et  la maison sur pilotis des ethnies minoritaires dans les montagnes.
L’urbanisme et l’architecture traditionnels constituent un patrimoine de haute qualité environnementale.
La configuration des rues et des passages publics, souvent caractérisée par la présence d’une végétation magnifique et imposante, offre depuis des siècles des répits de fraîcheur aux piétons.
Dans ce climat tropical au Sud-Vietnam les arbres et les saillies de toiture confèrent de l’ombre aux passants et aux façades, et peuvent le cas échéant aussi protéger des averses, impressionnantes lors de la saison des pluies.

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Hoi An, Vietnam – © Diane Heirend

Actuellement un type de logement bien spécifique se reproduit bien au-delà des villes dans les nouveaux faubourgs, dans les villages et même en plein champ : « la maison tube ».

Ces maisons très étroites, hautes et profondes, puisent la lumière et l’air pour la ventilation naturelle dans des cours intérieures ombragées. La modularité, notion très actuelle, est inhérente à la nature même de ce type de logement.

Le premier logement aurait été une petite échoppe, étroit sur sa façade. Puis les maisons se sont allongées, dans leur arrière-cours, par une succession de pièces et de courettes. Avec l’enrichissement, un étage est apparu. Mitoyennes, les habitations n’avaient pas de fenêtres latérales. Les seules ouvertures externes – en dehors de la devanture – étaient les courettes intérieures. En ville, la première pièce d’entrée servait d’espace de vie : à la fois boutique, garage, salon, coin réchaud, salle à manger, et pièce de repos (au moins un lit pour le boutiquier).

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Type de maison/boutique – © Diane Heirend

Il y a matière à faire un magnifique exposé sur l’habitat au Vietnam. Et bien sûr, à une époque où l’unité individuelle de climatisation est devenue reine de l’architecture en Asie du Sud-Est, il est important de se rendre compte que toute l’intelligence d’une haute qualité environnementale avait depuis des siècles été intimement liée à l’architecture et à l’urbanisme vietnamiens.

Mais revenons au propos qui est de développer un habitat pilote à Suoi Sau pour le compte de ‘Enfants du Vietnam Luxembourg’. Face au besoin et au contexte énoncés, permettez-moi de poser une question essentielle, non architecturale, simplement humaine :

Comment contribuer humblement à tisser avec finesse le fil d’une histoire qui n’est pas la sienne, que l’on n’a pas vécu ?

Il y a lieu d’aborder le sujet avec pudeur.

Prenons la peine de situer le contexte dans une époque.

Vous connaissez certainement cette photo, qui encore aujourd’hui traduit l’horreur de la guerre du Vietnam. Le 8 juin 1972 à Trang Bang, au Sud-Vietnam, une petite fille de 9 ans court nue au milieu de la rue, elle crie, elle pleure, son corps est brûlé par le Napalm des bombes qui ont été larguées sur son village. La photographie, réalisée par Nick Ut, a été couronnée par le prix Pulitzer. Le photographe a été un des anges gardien de la petite fille, qui aujourd’hui est une belle femme qui vit au Canada.

Trang Bang est à 200 km de Suoi Sau.

Il s’agit dès lors de trouver sa légitimité pour intervenir aujourd’hui dans le développement de l’habitat d’un petit hameau du Sud-Vietnam, au-delà de la demande formulée.  En réfléchissant au plus universel des dénominateurs communs constructifs, se dévoile tout naturellement le bon sens.
Le bon sens est l’intermédiaire entre l’ignorance et la connaissance bien assurée. Il est la raison sans raisons.3

Je vous avoue que cela me va parfaitement.

Énonçons les éléments qui formeront les guidelines de la création.

À Paris, la concierge est dans l’escalier, au Vietnam la maison est dans la rue.

Le rez-de-chaussée d’une maison abrite la plupart du temps une double vie. Il faut jongler avec l’espace, donc la boutique devient salon, une fois le rideau de fer tiré, le salon devient garage parfois en même temps chambre à coucher, la moto jouxte le lit.
Dès le réveil, et donc la reprise d’activités, le trottoir, s’il existe, et la rue font partie intégrante de la maison.

À Suoi Sau, la rue n’existe pas en tant que telle. Il sera donc judicieux que la palette de formes des maisons puisse générer l‘espace de la rue et donc sa convivialité.
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Esquisse

La cuisine est dans la rue, de toute façon.

Les modes de vie et l’architecture ont beau évoluer sous la pression de la société de consommation mondialisée, certains modes de vie perdurent toutefois envers et contre tout. Pour les Vietnamiens, manger dans la rue est un art de vivre. Du ‘phô’ au petit-déjeuner (soupe de nouilles au boeuf ou au poulet) en passant par les délicieux plats de riz, les grillades, les coquillages, les fruits de mer….outre la convivialité aux yeux et à la portée de tous, la cuisine dans la rue donne à toute la famille l’occasion de sortir. Dans les textes classiques de Feng Shui, la cuisine est souvent désignée comme ‘pièce porte-malheur’. La sortir de la maison résout pas mal de problèmes.

À Suoi Sau, concevoir une cuisine collective, aménagée de manière centrale, protégée du soleil et de la pluie, aménagée avec les mini-tabourets et mini-tables, permettra peut-être outre la convivialité ‘urbaine’ la création d’emplois  pour d’excellentes cuisinières.
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Restaurant de rue, Hô-Chi-Minh-Ville, Vietnam – © Diane Heirend

Traditions de construction et système constructif
Dans la recherche des matériaux de construction et du système constructif, les références se situent dans l’architecture traditionnelle et dans des architectures contemporaines ancrées dans l’identité culturelle vietnamienne. La durabilité des matériaux et la simplicité de leur mise en œuvre jouent un rôle primordial. Le degré d’humidité ambiante, autour de 80%, et les conditions économiques définissent la palette des matériaux : le bois, le bambou, la terre (briques et tuiles) ou la pierre.

À Suoi Sau, le système constructif et les matériaux choisis seront soumis aux artisans du village et de la région, en tant que base de discussion et afin d’être affinés en vue de la réalisation du projet pilote.
Nous avons déjà évoqué brièvement l’architecture indienne dans le contexte vietnamien. Connaissez-vous Studio Mumbai ?
Studio Mumbai est une infrastructure humaine composée d’artisans hautement qualifiés et d’architectes qui conçoivent et construisent directement leurs ouvrages.4
Cette manière de faire me semble la plus noble et la plus prometteuse qui soit. Essayons de l’atteindre.
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Palmyra House, Maharashtra – Architectes: Studio Mumbai Architects

La peau de l’habitat : protection, filtre et ornement

La notion de peau de l’habitat englobe la notion de protection. Protection contre les intempéries, les crues, les moustiques, la chaleur accablante, les cambriolages. Il s’agit de réaliser des maisons dans lesquelles leurs habitants se sentent à l’abri des colères de la nature.

L’intimité de la famille étant vécue de manière très ‘communicative’, la peau de l’habitat est aussi seuil, et donc lien entre l’extérieur et l’intérieur. En conséquence la peau, en tout cas aux endroits où elle est en communication avec la rue, doit pouvoir disparaître et apparaître en fonction de l’avancement de la journée.

La peau est en charge de la ventilation naturelle. Au niveau de la toiture, elle peut se dédoubler ou bien chercher refuge à l’ombre d’un arbre afin de déjouer le réchauffement trop important.

La peau filtre la lumière. La matière de la peau et les ouvertures choisies définissent la luminosité de l’espace intérieur et contribuent à l’élégance de l’habitat. La peau peut très simplement devenir ornement.

Dans les maisons traditionnelles, les colonnes sont ornées de motifs décoratifs, les charpentes en bois sont souvent finement sculptées.

À Suoi Sau, le sujet n’est pas la décoration sculptée pour laquelle il n’y aura aucun budget. Mais, de la même manière qu’au Vietnam on s’entoure de précautions pour construire une maison : on cherche l’heure, le jour, le mois parfois même l’année fastes pour jeter les fondations ; la manière de faire des artisans pour travailler, assembler, traiter les matériaux choisis peut en toute simplicité rendre la maison très belle.

Est-ce que l’ornement ne confère pas aussi une certaine dignité ?
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Out of the box; Bangalore – Architectes: Cadence Architects

Le coeur de l’habitat

C’est évidemment l’autel des ancêtres. Il occupe la place d’honneur.

Chez mes parents, nous disposions d’un buffet d’acajou dont les portes dissimulaient des photos encadrées des disparus, quelques encensoirs et un bouddha de jade autour duquel s’étalaient des coupelles de fruits. Tous les mois, et à chaque anniversaire nous honorions nos parents et aïeuls de prières et d’offrandes. … Nous laissions les bâtons d’encens se consumer peu à peu, la fumée s’élever et les cendres tomber, nous laissions refroidir les plats de canard laqué et de légumes sautés, les bols de riz et  de soupe aux asperges disposés devant les portraits dans leurs cadres argentés, et les assiettes de fruits, clémentines, litchis, oranges, bananes, semblaient autant de natures mortes sous le regard figé. Après un moment qui me paraissait infini, la cérémonie s’achevait, nous récupérions la nourriture pour la réchauffer….5
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Exemple d’autel – © Diane Heirend

À Suoi Sau, l’autel des ancêtres ne sera pas d’acajou, mais il sera. Aboutissons le cheminement en développant la maison avec son autel encastré.

La création de l’habitat pilote pour Suoi Sau sera arrivé à bon port lorsque les habitants auront confiance en leurs nouvelles demeures. Le but :

1 maison + 1 arbre + 1 fleur grimpante = la chance d’avoir une vie meilleure

Keep you posted.

1 source : Enfants du Vietnam, Luxembourg
2 source : Scènes du Vietnam, solidaires du monde
3 source : Encyclopédie de l’Agora
4 source : Work-place Studio Mumbai, éditions Archizoom
5 source : La princesse et le pêcheur, Minh Tran Huy

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