07Juil

Josée Hansen / link

Deux grands bâtiments achevés en une année : 2010 est l’année de la moisson pour l’architecte Diane Heirend. En mai fut inaugurée l’extension de la Villa Vauban, où une nouvelle annexe à la modernité revendiquée mais discrète se love en contrebas de la Villa bourgeoise, pour en faire un musée accueillant. Et en août, les premiers habitants, locataires ou propriétaires, pourront investir les quarante habitations, plus les commerces et bureaux qu’accueillera le grand bâtiment à la façade métallique rouge Ferrari du Fonds de logement rue de Hollerich, comme une touche de gaieté dans un quartier triste et gris. Les deux projets ont pris en gros une décennie à se réaliser. « Même si, au premier abord, on pourrait considérer que les deux bâtiments n’ont absolument rien en commun, estime Diane Heirend, ils sont en fait deux expressions formelles d’une même approche ».

Celle de chercher l’implantation, les volumes, les matériaux, la dialectique ouvert/ fermé et intérieur/ extérieur idéaux pour répondre au programme et au contexte. « J’estime que l’aspect le plus noble de mon métier est de créer des espaces de vie, » affirme-t-elle. Le défi d’imaginer un bâtiment où il fasse bon vivre dans un quartier difficile, sur 71 mètres le long d’une rue surchargée de trafic, entre des installations industrielles, une gare et des terrains désaffectés fut donc pour elle aussi excitant que de construire un musée. Les habitants pourront y profiter au maximum du calme à l’arrière, qui, avec sa façade en bois de cèdre et ses grandes fenêtres, contraste avec l’écran érigé par la façade côté rue.

Un autre point commun relie les deux projets : ce sont les derniers que Diane Heirend conçut en association avec Philippe Schmit. Les chemins des deux associés se sont séparés cette année, désormais, le nom de son bureau est à nouveau Diane Heirend architectes. Elle a donc retrouvé cette indépendance qui avait déjà été la sienne à son retour au grand-duché, après des études d’architecture à Paris, une première expérience de travail à Zurich et une collaboration de quelques années avec Paul Bretz – dont elle partage la rigueur et une certaine radicalité. Un de ses premiers projets avait alors été l’aménagement du parc Jacquinot à Bettembourg, dans un respect du patrimoine naturel qui force l’admiration. Dès ses débuts, elle a en plus dessiné des meubles, pièces uniques, et commencé à travailler comme scénographe pour le théâtre, une activité qu’elle n’a d’ailleurs jamais arrêtée. « La scénographie a toujours été extrêmement importante pour moi, souligne Diane Heirend, car elle est beaucoup plus rapide, intensive et éphémère que de construire un bâtiment. Là où un projet architectural demande des années avant de prendre forme, on doit imaginer et construire un décor en quelques mois, avant qu’il ne soit détruit tout aussi vite. »

Le hasard ou le destin a voulu que, cette année de ses 45 ans où Diane Heirend tourne une page importante dans sa carrière, cela se concrétise aussi par un nouveau projet excitant : elle vient de remporter un concours lancé par l’agence pour la coopération Lux-Development pour la construction d’une école hôtelière dans la capitale du Laos, Vientiane. Avec la même acribie qu’elle applique pour analyser d’abord la situation existante avant d’esquisser une maison unifamiliale à la campagne, un grand complexe mixte urbain ou un musée dans un parc, elle s’y consacra à l’étude de l’histoire du quartier, au bord du Mékong, aux bâtiments existants, aux mythologies et aux conditions naturelles. Qu’elle ait adapté la forme d’un des tracts afin de pouvoir sauvegarder deux grands arbres n’étonne alors plus guère. Sa proposition d’une nouvelle construction rue Michel Rodange avec des volets métalliques qui filtrent la lumière afin de la sublimer a été accueillie avec enthousiasme par le maître d’ouvrage.

Ce qui caractérise le mieux l’architecte qui, à la radio, disait d’elle-même qu’elle n’avait « pas de style », est surtout cette attitude, cet amour du détail, la rigueur de l’étude préliminaire et le refus des fioritures et des grands gestes prétentieux. À l’arrivée, elle conçoit des pièces agréables à vivre, qui tirent le maximum du contexte et des contraintes matérielles, où la lumière entre généreusement et qui respectent les fonctions imposées. « L’architecture n’est pas une question de goût, » lance-t-elle, et que, sans vouloir trancher la question s’il y a une architecture féminine ou non, trouve que tout est question de sensibilité et de capacité de s’imbiber d’un lieu. « Et puis si, elle revient sur son propos : il y a une différence entre les sexes, c’est celle de l’engagement : les femmes ne s’engagent pas à moitié, car elles savent qu’on ne peut pas être ‘un peu enceinte’ ».